Solitude

La solitude faisait partie des épreuves que je voulais affronter sans baisser le regard ou fuir. Pas la plus simple des étapes à passer…

Je vais encore vous bassiner avec mon cher Krishnamurti, qui bien sûr a cogité à la question. Son approche est assez intéressante : pour lui, la solitude est une des peurs que l’on a dans la vie parce qu’on refuse toujours de l’affronter. On la fuit, en remplissant sa vie plus ou moins artificiellement, alors qu’elle peut cesser de devenir un ennemi si l’on décide de l’apprivoiser et de la comprendre.

Le but n’est bien sûr pas de devenir une espèce de moine tibétain isolé en permanence, je reste bien persuadé que l’épanouissement passe par les relations humaines, quelles qu’elles soient. Le but est plutôt de ne pas avoir peur des phases où l’on se retrouve seul, d’au contraire en faire des moments de ressourcement, de retour sur soi.

J’ai pu avoir dans le passé la critique de me lancer à tout prix dans une relation par peur du célibat, de la solitude. Ce n’était pas complètement faux, ça faisait partie de mes « moteurs ». Je ne veux surtout pas retomber dans ces travers, et, si j’ai un jour la chance de pouvoir m’investir à nouveau dans la relation dont je rêve, je veux que ça soit pour les bonnes raisons, par pour fuir quelque chose. Et apprivoiser la solitude fait partie pour moi de ce processus.

Vous voulez savoir pourquoi vous éprouvez un sentiment de solitude. Savons-nous ce que veut dire la solitude et en sommes-nous conscients ? J’en doute fort, car nous sommes plongés dans des activités, dans des livres, dans des fréquentations, dans des idées qui nous empêchent de nous rendre compte de notre solitude.

Abordons ce problème en cherchant à voir ce qui se produit réellement, comment nous nous comportons au juste lorsque nous éprouvons ce sentiment de solitude. Nous essayons de le fuir. Vous poursuivez votre lecture interrompue, vous allez consulter un sage, vous allez au cinéma, vous devenez très, très actif socialement, vous allez prier, vous vous mettez à peindre, ou bien à écrire un poème sur la solitude. C’est cela qui se produit en fait. Et la civilisation moderne vous offre les évasions que vous cherchez, par le truchement de votre emploi, de votre famille, de votre nom, de vos études, de vos expressions artistiques, etc. Toute notre culture est basée sur ces évasions. Notre civilisation est fondée dessus, c’est un fait.

Avez-vous jamais essayé d’être seul ? Essayez, et vous verrez comme c’est extraordinairement difficile, car notre esprit ne nous permet pas de l’être. Il commence à s’agiter, à s’affairer autour d’évasions possibles. Que sommes-nous donc en train de faire à ce moment-là ? Nous essayons de remplir ce vide extraordinaire avec du connu. Nous apprenons à être actifs et sociables, à étudier, à manipuler la radio. Ainsi nous remplissons cette chose que nous ne connaissons pas — ce vide — avec toutes sortes de connaissances, de contacts ou d’objets. Etes-vous parvenus à remplir le vide ou l’avez-vous simplement recouvert ? Si vous l’avez simplement recouvert, il est toujours là et surgira de nouveau.

Comment découvrirez-vous la façon de traiter cette solitude ? Vous ne la découvrirez que lorsque vous aurez cessé de fuir. Sitôt que l’on est décidé à affronter ce qui « est », cette solitude prend fin parce qu’elle est complètement transformée. Ce n’est plus de la solitude. Si l’on comprend ce qui « est », alors ce qui « est » est le réel. Mais parce que l’esprit ne cesse d’éviter de voir, de refuser de voir, de fuir ce qui « est », il crée ses propres obstacles.

 

3 Comments

  1. Répondre
    Sophie 30 décembre 2013

    « Il commence à s’agiter, à s’affairer autour d’évasions possibles. Que sommes-nous donc en train de faire à ce moment-là ? Nous essayons de remplir ce vide extraordinaire avec du connu. » J’extrais les mots « évasions » et « connu » de ton post. Car il me semble que la meilleure évasion qui soit se situe plutôt dans l’inconnu. Je sais bien que le but de ton article est précisément de critiquer cette tendance mais il y a aussi une expérience qui consiste à se trouver plein d’un inconnu qui autorise une inactivité sans la sensation de vide. J’imagine que si je l’ai vécue, je ne suis pas la seule. Je pense par exemple à des moments où on se retrouve dans un lieu de voyage et où on se pose sans autre but que de se laisser imprégner par le contexte, ceci sans toutefois se mettre dans une situation où nos sens seront sollicités, bien sûr, je parle vraiment de passivité assumée. De ce fait, le terme « vide extraordinaire » que tu emploies prend peut-être tout son sens, à cette différence près que je l’associerais personnellement avec « inconnu ».

  2. Répondre
    Jean David 30 décembre 2013

    Ton intervention me permet de revenir un peu en arrière sur cette période où pour moi l’inconnu était précisément ce sentiment de solitude, après, tu l’auras compris, une rupture amoureuse douloureuse.

    Maintenant que j’ai appris à franchir cette étape et que la solitude fait partie de ma vie de manière bien plus naturelle et moins douloureuse, je te rejoins complètement dans cette quête de l’inconnu, cette nécessité de sortir de sa zone de confort et de « grandir » en se forçant un peu la main à aller de l’avant. C’est tellement enrichissant..

    Au plaisir d’échanger, Mme inconnue !

  3. Répondre
    Sophie 30 décembre 2013

    J’ai lu ton article sans a priori et je n’avais pas du tout compris que tu faisais référence à la solitude amoureuse, du coup je comprends mieux, c’est comme si tu parlais de nostalgie, essayer de rendre présent le manque. En fait, je souhaitais aborder cet état paradoxal où l’on trouve une forme de plénitude dans le vide, même si ce vide est illusoire (puisqu’en réalité notre cerveau est toujours en activité). Sinon la quête de l’inconnu peut bien sûr tomber dans le travers que tu cites, malgré toutes les vertus dont on peut bénéficier. Enfin, je m’aperçois que l’on assimile solitude, vide et inactivité alors que ce n’est pas si évident !

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