Hosto

J’ai toujours détesté les hôpitaux…

Bon, là on est vraiment en plein dans de l’écriture thérapeutique, et sur un terrain largement miné et sensible. Texte un peu décousu et pas très gai mais fallait que ça sorte…

Lorsque j’étais gosse, ma mère, infirmière de nuit, racontait souvent des histoires assez sordides, pour elle de simples anecdotes de son travail, mais pour moi de vrais trucs glauques qui m’ont bien marqué. Elle travaillait dans un service qui recevait les accidentés de la route, et, apparemment, ce n’était pas beau à voir…

Rajoutez à ça une peur récurrente de la maladie, le décès de mon oncle suite à un long cancer, et une somatisation à tout va, et vous obtiendrez un cocktail où le simple fait de visiter quelqu’un à l’hôpital reste une épreuve pour moi.

J’ai toujours eu peur des hôpitaux, et je n’ai jamais été bien solide lorsqu’il s’agissait d’entourer les miens. Même si je m’aperçois que, lorsque cela concerne des très proches, j’arrive mieux à faire la part des choses et à être (très relativement) présent et disponible malgré ma phobie. Très symboliquement, les seules fois où je n’ai pas “senti” la lourdeur de l’hôpital ont été lors de l’hospitalisation de mes enfants et de ma compagne. Je n’avais pas besoin de me forcer pour rester, l’amour pour l’autre passant, me semble t’il, au delà du reste.

Au delà du symbole de l’hôpital, il y a la peur de la maladie. Pour moi et pour les autres. Peur des examens, des diagnostics. Peur de faire face à sa propre faiblesse, à l’impuissance devant la maladie qui avance. Autant je me sens à l’aise, quitte à faire n’importe quoi, lorsque je sens que je peux agir, faire quelque chose, autant la maladie me laisse dans un grand désarroi.

Faire face à soi-même, à son propre corps, lorsqu’on attend tout seul dans une salle d’examen. Angoisse d’attendre le médecin, d’écouter son diagnostic, de tenter de comprendre ce qu’il a à dire. Se forcer à ne pas sur-interpréter ses propos, à ne pas faire le parano en imaginant tous les non-dits. Se dire qu’on n’est pas en sursis, même s’il y a un autre examen à venir, et qu’il faut privilégier la vie, et la chance qu’on a de pouvoir croquer dedans au quotidien.

Comme tout le monde j’aimerais mourir vieux et en bonne santé. D’un autre côté, apprendre à se préparer à la maladie, à commencer à voir concrètement ce que peut être la peur de la mort, à apprivoiser l’idée de maladie déjà, est un outil indispensable dont j’ai besoin, pour moi et pour mes proches.

Bizarrement, j’ai plus de mal avec l’idée de maladie qu’avec l’idée de mort. Mon passé est jonché de fantômes, de gens que j’aimais très fort et qui ne sont plus là. Et j’ai appris à vivre avec eux (je m’aperçois en me relisant que j’ai mis “avec”, et pas “sans”), à ne jamais les nier dans mon esprit mais plutôt à entretenir leur souvenir, à me remémorer leur visage, leur voix, façon à moi d’entretenir leur mémoire, plutôt que d’aller fleurir une tombe. Et même si j’ai du mal à croire à un au-delà, “mes morts”, comme je les appelle, m’ont préparé à cette idée, à être conscient que rien n’est pour toujours.

Mais la maladie reste un de mes principaux talons d’Achille. Et si j’ai l’impression de progresser en ce moment, je me rends bien compte que là, même si les circonstances me poussent à être plus fort sur ce terrain là, je touche à des bastions difficiles à faire tomber. Mais j’y travaille ! Je réalise à quel point il est important d’être là pour ses proches qui sont dans la souffrance et l’angoisse de la maladie, et que la solitude est le pire des médicaments. Je regrette beaucoup d’avoir si peu été un pilier, une épaule pour eux.

En somme, Docteur, je meurs guéri ? – dernières paroles de Voltaire

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