Un jour sans fin

J’ai toujours été « du soir ». Je ne sais pas si c’est lié, mais ma mère, quand elle était enceinte de moi, était infirmière de nuit. Elle m’a souvent parlé de ces moments « pour elle », dans le calme de la nuit, où elle avait une impression à la fois de grand calme et où tout reposait sur elle. Une façon de voir le monde un peu différente, que je retrouve quand il fait nuit et qu’une sorte de vie parallèle devient possible.

Depuis…. deux mois, il faut bien le dire, je suis désespérément du matin. Le rituel, si rituel il y a, est quasi systématiquement le même. Après une journée de travail sans trop réfléchir ou cogiter, le soir se passe en général plutôt bien, soit à voir du monde, soit à discuter via la petite lucarne qu’est le Net, qui paradoxalement demeure un (dernier?) rattachement au monde extérieur pour le pire des no-life, tout en l’enfermant dans un virtuel pas très sain.. Je m’endors..plutôt pas trop mal, mais plus la nuit avance, plus la boule au ventre qui ne me quitte pas enfle, enfle, jusqu’à devenir insupportable au petit matin.

Je pensais -à juste titre, je pense- que trop cogiter m’enpoisonnait la vie, et je m’efforce de remplir ma vie d’activité pour éviter de trop le faire. Mais je ne pensais pas que ce traitre de subconscient reprendrait le boulot. Je m’endors apaisé, et je me réveille avec des angoisses, tous les matins. Comme une impression d’être dans le film « Un jour sans fin », où tous les efforts, tout le travail de la veille se retrouve balayé, pour un retour case départ lorsque le jour revient. Enfin, le jour… Car quand je dis les matin… Des fois 5h, des fois 4h… Suis-je devenu un matinal, moi qui ai toujours été oiseau de nuit ?? Tous les matins donc, je me réveille comme dans un semi-cauchemar, je cherche à entendre sa respiration, à la toucher, à me blottir.. Et, bien sûr, rien.. A part une grosse boule dans le ventre qui grossit un peu plus..

Ca fait quelques semaines que je me suis donné comme philosophie de ne pas chercher à me mettre la tête dans le sable, et à affronter les yeux dans les yeux mes démons. Puisque je ne peux pas faire en sorte que ces pensées et ces sentiments me quittent, je fais en sorte de les apprivoiser, de vivre avec. J’apprend donc à « être du matin ». Je regarde le jour se lever, comme ce jour assez fabuleux où l’on m’a trainé pour aller voir le lever du soleil au sommet du Puy de Dôme :

Je suis persuadé depuis longtemps qu’un travail de reconstruction est souvent nécessaire, et souvent salvateur. Ce moment là est clairement arrivé pour moi, donc pourquoi ne pas le commencer tôt le matin…!

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